«Ameun tè sarp o tè cougni!»

Le 29 mars 2014, l’association HIPAF a participé au mois de la pléchie en partenariat avec le Parc du Morvan.


Bien avant l’arrivée du fil de fer barbelé et jusque dans les années 1950, les paysans morvandiaux utilisaient cette technique de tressage de haies vives pour barrer le passage des bêtes tout en se procurant du bois de chauffage et des fagots pour l’hiver. En transmettant leur savoir-faire traditionnel aux quatre coins de la Bourgogne, les bénévoles du Parc souhaitent faire revivre ce type de clôture, aussi efficace qu’esthétique. La pléchie se pratique en hiver, hors périodes de gel, afin d’éviter que les branches ne se cassent en les tressant, à cause de la montée de sève. Quelque temps avant le jour J, Philippe Hoetzel, chargé de mission patrimoine et architecture au Parc régional du Morvan, est venu à Fleurey accompagné de Christian, Daniel et Gérard pour débusquer la haie idéale, bien fournie et haute de 4 à 5m. Elle les attendait là, soulignant un muret à pierres sèches en clôture de pré, chemin des Roches d’Orgères, juste après les bassins de rhizocompostage.


 Un premier défrichage du débordement de la haie sur le pré est alors réalisé au tractopelle par le propriétaire.

On affine le défrichage pour que les troncs soient accessibles. On commence par couper les plus gros, soit à la plus gros, soit à la base s’ils ne sont plus assez souples , soit à hauteur de poitrine. Ces derniers serviront de poteaux entre lesquels tresser les branches.


 Dans les zones de la haie où il n’y a pas de gros troncs, on plante des piquets de manière régulière.

Vient alors la partie la plus technique. On en taille la base des troncs les plus fins en laissant juste ce qu’il faut de bois pour pouvoir les incliner et les tresser entre les piquets sans les casser. La branche entaillée ne meurt pas. La partie couchée continue à vivre. Au printemps, elle redonne des rameaux feuillus et de nouvelles pousses repartent du pied.


 Avec précautions, il faut plier, coucher, tresser…


Pendant ce temps, à l’arrière, les petites mains s’affairent à brûler les épines, entasser la charbonnette et lier les fagots.


Le public est attentif.

Certains osent même s’essayer au tressage.


Pause-déjeuner à la cabane de chasse… sous un ardent soleil…


Après-midi bucolique, ombrelle, vélo en attente, bouquet de lichens…


Voyons si le mot « pléchie » figure dans mon vieux grimoire du XVIIIe siècle…


Le travail avance et touche à sa fin.

En Morvan les essences «pléchées» étaient souvent le noisetier, le charme, le prunellier, le hêtre. À Fleurey , on a courbé le frêne, le cornouiller, l’aubépine, le prunellier, l’épine-vinette, au bois jaune fluorescent et à la moëlle rouge sang, le cerisier de Sainte-Lucie, un érable champêtre, un noyer, très peu de charme, le tout enrubanné de mousses et de lichens. Un orme a été protégé et reste fièrement debout.


Dans la douce lumière du couchant, la touche finale…

Pour aligner la haie, on la coupe verticalement au croissant ou à la vouge. Il faut se placer parallèlement à elle, en tenant l’outil la lame vers le haut, et donner des coups réguliers de bas en haut. Facile, non?

Le croissant est un outil à long manche et au fer tranchant courbe. Il sert à couper les rejets et les branches secondaires. Il est aussi utilisé pour aligner les haies sur le côté et supprimer les pousses latérales au pied de la haie.

Le vouge est une sorte de serpe à long manche, plus fort que le croissant qui est conçu pour couper les grosses branches. Il est employé généralement pour couper les haies en hauteur..


La reine du jour, Chantou Mathieu, notre organisatrice…


Sans Elle, sans Lui, sans Eux…


Nous n’aurions jamais su parler le morvandiau !

Selon l’aire géographique en Morvan,

Plesser se dit : piècher, plècher, piècer, coucher, fiècher l’arbuste plèché est un pièchie, pièchon, plècha, plèchon, piècha, piechê, plèchê, pièchais…

Entre les pieux (pôoucaunéille), les arbustes incisés sont entrelacés ou fouessés, empeillés, faussés, fausséillés…

Pour donner une haie plessée ou piéchie, plèchie, fièchie, pièssie…

L’entretien du plèchie nécessite de tailler la haie (râper, étrouper, étreuper, écerter…), de la couper sur le dessus (âtéter, étreuper, tailler…) et la nettoyer (dâbarer, détraper, esserper, défeurtasser, étroper, queurer)

Claude Régnier, Les Parlers du Morvan



 

Alors ? On n’y croyait pas ?


Et pourtant… Comme on nous l’avait prédit, tout repart avec vigueur !


Il faudra toutefois patienter environ trois années pour que la haie devienne touffue et impénétrable.


MERCI à…

Gérard Content,    Philippe Hoetzel,    Daniel Margueron,    Christian Pinard

HIPAF
   Pour en savoir plus,  Jacqueline Mugnier